Comprendre
Des forains aux chambres d’hôtes : petite histoire de la roulotte
Avant d'être posée dans un pré pour accueillir des voyageurs d'un soir, la roulotte a été la maison des forains, des artistes de cirque et des familles du voyage. Retour sur près de deux siècles d'histoire, des premières roulottes hippomobiles aux roulottes d'hôtes d'aujourd'hui.

La roulotte que l'on loue aujourd'hui pour une nuit, calée sur ses roues au fond d'un verger, n'a plus bougé depuis longtemps. Mais elle porte dans sa forme, son toit bombé, ses marches de bois et ses couleurs, la mémoire de plusieurs mondes : celui des forains, celui du cirque, celui des familles du voyage. Petite histoire d'une maison qui roulait.
La roulotte au XIXe siècle
Pendant des siècles, ceux qui vivaient sur les routes, marchands ambulants, saltimbanques, colporteurs, familles itinérantes, voyageaient à pied ou en charrette et dormaient sous la tente, à la belle étoile ou dans les granges. La charrette servait à transporter, pas à habiter.
Les choses changent au XIXe siècle. Avec l'amélioration des routes, les progrès de la carrosserie et l'essor des foires et des spectacles itinérants, apparaît la voiture d'habitation : une caisse de bois fermée, montée sur quatre roues, tirée par un ou deux chevaux, où l'on peut dormir, ranger ses affaires et se mettre à l'abri. En France, on l'appelle roulotte, un mot formé sur le verbe rouler.
Ces premières roulottes sont d'abord l'apanage des gens du spectacle, qui ont besoin de transporter leur matériel et de se loger de ville en ville, et qui ont les moyens de faire construire ces véhicules coûteux.
Forains et gens du voyage
Les forains font vivre les fêtes et les foires de toute la France. Au fil du XIXe siècle, leurs roulottes deviennent de véritables maisons, parfois très ornées. Les plus prospères font appel à des carrossiers spécialisés et rivalisent de décors : boiseries sculptées, vitraux, poêles en fonte, miroirs. La roulotte est à la fois un logement et une vitrine de la réussite familiale.
Les familles du voyage, Manouches, Gitans, Yéniches et autres groupes itinérants, adoptent la roulotte plus tard, dans la seconde moitié du XIXe siècle et surtout au début du XXe. Elles en font un objet singulier : la verdine, avec son toit en berceau qui déborde à l'avant et à l'arrière, ses flancs peints de couleurs vives, ses motifs floraux et ses filets dorés. Le mot verdine est souvent rapproché du romani vurdon, qui désigne la charrette ou la voiture.
La verdine traditionnelle est une maison complète en quelques mètres carrés : un lit en alcôve au fond, des placards encastrés, un petit poêle dont le conduit sort par le toit, une porte à l'avant ouvrant sur une plateforme où se tient le cocher. C'est elle qui a inspiré la plupart des roulottes gitanes que l'on loue aujourd'hui.
Cette histoire a aussi ses pages sombres. En France, une loi de 1912 impose aux « nomades » un carnet anthropométrique, avec photographie et empreintes, à faire viser à chaque déplacement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de nomades sont assignés à résidence puis internés dans des camps, dont les derniers ne fermeront qu'en 1946. Le carnet est remplacé en 1969 par des livrets de circulation, eux-mêmes supprimés en 2017.
Les roulottes de cirque
Le cirque itinérant, avec son chapiteau de toile, se développe en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pour passer d'une ville à l'autre, les troupes forment de longs convois de roulottes tirées par des chevaux, puis, au XXe siècle, par des tracteurs et des camions.
Toutes ces roulottes n'ont pas la même fonction. Certaines servent de logement aux artistes et à leurs familles, d'autres de loge, de caisse pour vendre les billets, d'atelier, de magasin à costumes ou de cage pour les animaux. Les roulottes d'habitation du cirque sont souvent plus longues et plus droites que les verdines, avec de nombreuses fenêtres et une décoration plus sobre, parfois peintes aux couleurs de la troupe.
Une partie de ces roulottes anciennes a été sauvée de la casse par des passionnés et des artisans, qui les ont restaurées pièce par pièce. C'est ainsi qu'on peut aujourd'hui dormir dans une véritable roulotte de cirque, avec ses boiseries d'origine. Elles restent rares : 8 fiches seulement dans l'annuaire.
De la roulotte à la caravane
Après la Seconde Guerre mondiale, la voiture se démocratise et transforme la vie sur la route. La roulotte tirée par un cheval, lente et lourde, cède peu à peu la place à la caravane, plus légère, tractée par une automobile. Dans les années 1950 et 1960, la plupart des familles du voyage et des forains passent à la caravane, et les roulottes à cheval se font rares sur les routes.
La caravane devient aussi l'objet des loisirs de masse : avec les congés payés, des milliers de familles partent camper avec la leur. Une autre histoire commence, que raconte notre article sur l'Airstream et la caravane vintage.
La roulotte devenue hébergement
La roulotte ne disparaît pas pour autant. À partir des années 1970, elle trouve une première vie touristique avec la roulotte hippomobile de location : on loue une roulotte et son cheval pour quelques jours, et l'on parcourt les petites routes de campagne au pas, d'étape en étape. La formule existe toujours dans quelques régions.
Puis, à partir des années 1990 et surtout 2000, la roulotte s'immobilise. Des propriétaires de gîtes, de chambres d'hôtes, de fermes et de campings installent des roulottes dans leurs prés pour accueillir des voyageurs d'un soir. Certaines sont d'anciennes roulottes restaurées, d'autres des créations neuves, construites par des charpentiers et des artisans spécialisés qui reprennent les formes traditionnelles tout en y ajoutant isolation, salle d'eau et chauffage.
L'essor des hébergements insolites, dans les années 2010, achève de faire de la roulotte un classique des escapades à la campagne, aux côtés des cabanes, des bulles et des yourtes. Notre annuaire en recense aujourd'hui 494, des roulottes en bois contemporaines aux chariots western. Pour savoir comment se passe une nuit dans l'une d'elles, voir notre guide de la première nuit en roulotte, et pour reconnaître chaque famille, notre article sur les types de roulottes.
Des roulottes gitanes dans l'esprit des verdines
Jacuzzi
Roulotte Spa Gitane du Maraîcher
Elne · Pyrénées-Orientales (66) · 4 pers. au maximum
À partir de139 € / nuit
Petit-déjeuner
La Roulotte Verte de Blandine
La Garde-Freinet · Var (83) · 2 pers. au maximum
À partir de110 € / nuit
Jacuzzi
Roulotte Au Bois Chéri
Bussac-Forêt · Charente-Maritime (17) · 2 pers. au maximum
À partir de130 € / nuit
Petit-déjeuner
Roulotte Gipsy de l'Escale
Angé · Loir-et-Cher (41) · 5 pers. au maximum
À partir de140 € / nuit
Questions fréquentes
D'où vient le mot roulotte ?
Il est formé sur le verbe rouler. Il désigne depuis le XIXe siècle une voiture d'habitation tirée par des chevaux, utilisée par les forains, les gens du cirque et les familles du voyage.
Qu'est-ce qu'une verdine ?
C'est la roulotte traditionnelle des familles du voyage, reconnaissable à son toit en berceau, à ses flancs peints et à son décor soigné. Le mot est souvent rapproché du romani vurdon, la charrette.
Les roulottes de location sont-elles d'anciennes roulottes ?
Certaines oui, restaurées avec soin, notamment parmi les roulottes de cirque. La plupart sont toutefois des créations récentes, construites par des artisans dans l'esprit des roulottes d'autrefois.
Quand la roulotte a-t-elle été remplacée par la caravane ?
Surtout après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950 et 1960, avec la démocratisation de l'automobile.
Peut-on encore voyager en roulotte tirée par un cheval ?
Oui, dans quelques régions, des loueurs proposent des roulottes hippomobiles pour quelques jours d'itinérance. Les roulottes de l'annuaire, elles, sont installées à demeure.





